Nemrut Dagi
Culminant à 2150 1 mètres d'altitude au-dessus des monts Anti-Taurus, dans le centre-sud de la Turquie, se trouve le site archéologique de Nemrut Dagi (prononcé NEHM-racine dah-uh). Considéré comme le tumulus funéraire et le Hiérothésion (siège sacré) d'Antiochus Ier Épiphane, roi de Commagène du Ier siècle avant J.-C., le site est aussi impressionnant qu'énigmatique.
Ce sanctuaire unique, situé au sommet d'une montagne, était inconnu de tous, hormis des bergers locaux, jusqu'à sa découverte en 1881 par un géologue employé par le gouvernement ottoman. Des fouilles archéologiques menées en 1953 par l'American School of Oriental Research ont permis de réaliser des relevés précis du site et d'instaurer un programme de préservation, mais n'ont fourni que peu d'informations sur les méthodes de construction et l'utilisation ancienne de cette étrange colline rocheuse et de ses temples.
L'histoire rapporte que le royaume de Commagène était situé à la frontière de l'Empire séleucide (qui succéda à l'empire d'Alexandre le Grand en Anatolie) et de l'Empire parthe. En 80 av. J.-C., face à l'affaiblissement de l'Empire séleucide, le gouverneur de Commagène déclara l'indépendance de son royaume. Peu après, un allié romain, Mithridate Ier Callinicus, se proclama roi, établit sa capitale à Arsameia et inaugura l'éphémère dynastie de Commagène. Mithridate mourut en 64 av. J.-C. et son fils Antiochus Ier Épiphane lui succéda, qui régna 26 ans. La Commagène fut ensuite gouvernée par Rome ou par des rois fantoches jusqu'en 72 apr. J.-C., date à laquelle elle fut pleinement intégrée à l'Empire romain.
Sous le règne d'Antiochus, le sommet naturel du Nemrut Dagi fut largement modelé, coiffé d'un imposant pic conique et orné de deux temples et de nombreuses et magnifiques sculptures en pierre. Le tumulus conique, d'un diamètre de 50 mètres et de 150 mètres au-dessus des temples, est composé d'innombrables milliers de fragments de calcaire blanc de la taille d'un poing. Les archéologues, supposant que le tumulus abrite les restes funéraires d'Antiochus, ont creusé des tunnels dans le grand cône rocheux, mais n'ont rien trouvé pour étayer leurs hypothèses. Le but de cette entreprise d'envergure reste un mystère.
Le tumulus est délimité à l'est, à l'ouest et au nord par trois cours, chacune creusée dans la roche vive. La cour est abrite une grande terrasse, cinq statues colossales, un autel pyramidal du feu et les vestiges de plusieurs murs. Des sculptures rupestres ornant les murs est représentent les ancêtres perses et macédoniens d'Antiochus. Les statues, mesurant chacune 8 à 10 mètres de haut, représentent plusieurs divinités, selon le principe du syncrétisme. Les cinq statues représentent :
- Apollo - Mithra - Hélios - Hermès
- Tyche ou la déesse de la fertilité des Commagene
- Zeus - Oromasdes (Ahuramazda)
- Antiochus
- Herakles - Artagnes - Ares
La rangée de statues de la terrasse ouest représente les mêmes divinités, et l'on trouve également des bas-reliefs représentant le roi Antiochus serrant la main d'Apollon-Mithra-Hermès, de Zeus-Oromasde et d'Héraclès-Arès-Artagne. Les têtes de toutes les statues des terrasses est et ouest sont tombées, probablement à la suite des tremblements de terre qui ont frappé la région.
Parmi les pierres sculptées de la terrasse ouest, celle connue sous le nom de « Lion de Commagène » renferme d'importantes informations astronomiques. Dix-neuf étoiles sont visibles à l'arrière-plan du relief. Sur le corps du lion, un croissant de lune est représenté sur le cou, et au-dessus de son dos se trouvent trois planètes nommées Mars, Mercure et Jupiter. Ce relief a été interprété (par des archéoastronomes utilisant le logiciel Skyglobe) comme indiquant une date du 6 juillet 61 ou 62 av. J.-C. Les opinions divergent quant à la signification de cette date. Le professeur Otto Neugebauer de l'Université Brown pense qu'il s'agit de la date à laquelle Antiochus fut intronisé par le général romain Pompée, tandis qu'Adrian Gilbert (dans Signs in the Sky) y voit un couronnement ésotérique d'Antiochus à la tête d'une confrérie secrète perse/anatolienne.

Martin Gray est une anthropologue culturelle, écrivaine et photographe spécialisée dans l'étude des traditions de pèlerinage et des sites sacrés à travers le monde. Pendant une période de 40 ans, il a visité plus de 2000 lieux de pèlerinage dans 160 pays. Le Guide de pèlerinage mondial à Sacredsites.com est la source d'information la plus complète sur ce sujet.






