Saint-Jacques-de-Compostelle
Les légendes chrétiennes racontent que saint Jacques le Majeur, l'un des douze apôtres du Christ, aurait parcouru la péninsule Ibérique, apportant le christianisme aux peuples celtes. Après son martyre à Jérusalem vers 44 apr. J.-C., ses reliques auraient été ramenées en Espagne et conservées. Cependant, suite aux persécutions romaines, les premiers chrétiens espagnols furent contraints d'abandonner le sanctuaire, et avec le dépeuplement de la région après la chute de l'Empire romain, son emplacement fut oublié. Selon la légende, en 813 ou 838 apr. J.-C., un ermite guidé par une étoile et une musique céleste aurait découvert l'emplacement des reliques enfouies.
Les historiens doutent cependant que saint Jacques ait jamais visité l'Espagne, et l'idée que ses reliques aient été transportées en Ibérie est considérée comme une invention de l'Église. La « découverte » des reliques offrit un point de ralliement pratique à l'Espagne chrétienne, alors confinée à une étroite bande au nord de la péninsule Ibérique, en grande partie occupée par les Maures. Outre l'histoire de la découverte des reliques, des récits font état de Santiago Matamoros, ou saint Jacques le Maure, apparu sur un cheval blanc en 844 apr. J.-C. pour mener les chrétiens au combat contre les Maures. Ces deux légendes sont interprétées par les spécialistes du pèlerinage médiéval comme des tentatives des autorités ecclésiastiques de rallier le soutien populaire au renversement des Arabes. De plus, on sait que les dignitaires de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle engagèrent des conteurs pour parcourir les campagnes européennes, propageant ainsi la « nouvelle » des miracles de saint Jacques et de ses reliques.
Bien que cette tromperie et cette corruption de l'Église puissent choquer certains lecteurs, il est un fait historique bien établi que nombre des légendes fondatrices des sanctuaires de pèlerinage médiévaux n'étaient que des fables. Ces histoires étaient inventées par des administrateurs ecclésiastiques entreprenants, conscients que le nombre de pèlerins visitant un sanctuaire et lui faisant des dons était proportionnel au caractère miraculeux de la légende fondatrice et à son rayonnement. Sur le tombeau où furent « découvertes » les reliques de saint Jacques, la première église fut construite en 829 apr. J.-C. et, en moins de 100 ans, Saint-Jacques-de-Compostelle attirait des pèlerins de toute l'Europe. Au XIIe siècle, elle était devenue le centre du plus grand pèlerinage de l'Europe médiévale.
Alors que Jérusalem et Rome étaient considérées comme les deux destinations de pèlerinage les plus importantes pour les chrétiens, Saint-Jacques-de-Compostelle étant plus proche et beaucoup plus sûre, elle accueillait beaucoup plus de visiteurs. Quatre grandes routes terrestres vers Saint-Jacques se sont développées au fil des siècles. Partant du nord de la France et serpentant vers le sud à travers d'autres lieux de pèlerinage, elles se rejoignaient, traversaient les Pyrénées et se dirigeaient ensuite vers le nord-ouest de l'Espagne. Les Bénédictins construisirent des monastères et des auberges pour accueillir les pèlerins en route vers Saint-Jacques, créant ainsi la première grande industrie touristique européenne. L'attrait émotionnel et le regain de moral procuré par le culte du saint se sont répandus à travers l'Europe, tandis que les pèlerins se rendaient au « Champ de l'Étoile » pendant des siècles. Si la plupart venaient en croyants sincères, un grand nombre venaient pour obtenir un héritage, comme alternative à la prison, ou simplement dans l'espoir de faire un commerce florissant avec les nombreux visiteurs. La photographie montre une sculpture en pierre de saint Jacques en costume de pèlerin errant. Les coquillages attachés à son manteau étaient les insignes de l'époque médiévale, signifiant la visite d'un pèlerin au sanctuaire de Saint-Jacques.
La vieille ville de Saint-Jacques-de-Compostelle et sa majestueuse cathédrale comptent parmi les plus beaux vestiges médiévaux d'Europe. Outre la beauté visuelle du lieu, l'atmosphère y est chargée de dévotion et de sainteté. L'Église a peut-être eu recours à des tactiques peu scrupuleuses pour promouvoir le site, mais les millions de pèlerins qui ont visité le sanctuaire sont venus avec amour et sincérité. Cet amour est encore profondément présent à Saint-Jacques-de-Compostelle.
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Martin Gray est une anthropologue culturelle, écrivaine et photographe spécialisée dans l'étude des traditions de pèlerinage et des sites sacrés à travers le monde. Pendant une période de 40 ans, il a visité plus de 2000 lieux de pèlerinage dans 160 pays. Le Guide de pèlerinage mondial à Sacredsites.com est la source d'information la plus complète sur ce sujet.


